proportions et physionomie


  Dans les années 80, Léonard effectue de nombreuses etudes artistiques sur les proportions du corps humain, l’anatomie et la physionomie.
Ainsi, il commence en avril 1489 à écrire un livre De la figure humaine. Il prend systématiquement les mesures de deux jeunes gens pour réaliser ce livre, qui restera bien sûr inachevé. Après des mois consacrées à ce travail, il réussit à réunir systématiquement les proportions du corps humain. 
 
  Il commence aussi à prendre en considération les rapports de grandeur des personnages assis et agenouillés. Il compare alors le résultat de ses études anthropométriques avec les proportions de Vitruve, seules proportions idéales conservées de l’Antiquité. 
  Architecte et ingénieur de l’époque romaine, Vitruve avait décrit les rapports de mesures d’un corps humain parfait dans le troisième livre de son traité d’architecture. il avait conclu qu’un homme aux bras et jambes écartés, pouvait être inscrit au même titre dans les figures géométriques parfaites du cercle et du carré.
D’après les descriptions de Vitruve, dans le cas des figures entourées par un cercle ou un carré ( « homo ad circulum » et « homo ad quadratum » ), le centre du corps humain se trouverait en outre dans le nombril. Les indications de Vitruve ont souvent été illustrées à la Renaissance – avec les résultats les plus divers. Le dessin le plus connu est celui de Léonard. 
  Il corrige les erreurs de Vitruve en se servant des mesures qu’il a prises : le relevé des mesures empiriques de l’être humain, voilà ce qui importe à ses yeux. Les pieds et les mains ont ainsi la taille appropriée.
Léonard ne s’oriente pas au rapport géométrique entre le cercle et le carré – dans son dessin, les deux figures géométriques ne se trouvent plus dans une relation réciproque. Il se trouve que seul le centre de l’ « homo ad circulum » est dans le nombril – celui de « l’homo ad quadratum » se trouve au-dessus du pubis.
Grâce à ces mesures exactes, Léonard réussit donc à vaincre le canon antique et en plus, illustrer les données vitruviennes, créant un dessin qui fait encore autorité aujourd’hui. 
  La croyance de Léonard à un lien étroit entre les organes internes reflète une conception très signifiante de la nature humaine. Les deux canaux du pénis correspondent à l’idée que le sperme ne suffit pas à procréer – une substance mentale est tout aussi nécessaire. Cette substance provenant du siège de l’âme serait porteuse de qualités intellectuelles élevées, alors que l’apport du sperme serait plutôt responsable d’instincts plus bas, mais aussi de qualités comme la bravoure au combat. 
  Léonard exprime d’autres idées similaires sur la fonction de certaines substances corporelles et l’effet qu’elles produisent ; par exemple, le liquide lacrymal qui proviendrait directement du cœur, considéré comme le siège des sentiments. D’après ces conceptions physiologiques, chaque organe a une signification émotionnelle.
Dans le même ordre d’idées, Léonard présume aussi d’un lien direct entre le caractère et la physionomie humaine. Il tente d’illustrer cet aspect direct de la mimique dans de nombreuses études de têtes et de caricatures. Les dessins, plus grotesques que réalistes, montrent surtout des hommes plus âgés et presque jamais des jeunes gens, et expriment entre autre l’idée selon laquelle les qualités et les émotions du moment se reflètent directement sur le visage de l’être humain. Ainsi, un homme, dont le visage ressemble à celui d’un lion, possède sans doute aussi les caractéristiques marquantes de cet animal. 
  Léonard retient ce poncif dans l’une de ses études. Les traits léonin du visage de l’homme représenté correspondent à une peau de lion jetée sur son épaule, et dont on reconnaît tout spécialement la tête. Léonard reprend la même idée dans son célèbre dessin aux cinq têtes grotesques. Un vieil homme, représenté de profil et portant une couronne de feuilles de chêne ( attribut à connotation positive ), est entouré de quatre autres hommes dont les visages expressifs reflètent les caractéristiques physionomiques et donc mentales les plus diverses, et plutôt négatives. Ils semblent se moquer de l’homme qui se trouve au centre, le fixer en se raillant de lui, l’air courroucé, alors que le personnage de profil supporte stoïquement les moqueries, les traits impassibles mais profondément ravagés, marqués par le destin.

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